Une entreprise a-t-elle le droit d'utiliser le nom d'une commune ?

L'Afnic centralise les noms en .fr, en sa qualité d'office d'enregistrement. Sa charte de nommage, dans sa version du 06/07/2026, pose une règle de départ : premier arrivé, premier servi. Elle prévoit toutefois des exceptions et renvoie au Code des postes et des communications électroniques.

Ce code fixe la limite. Son article L. 45-2, en vigueur depuis le 05/12/2020, permet de refuser ou de supprimer un nom identique ou apparenté au nom d'une collectivité territoriale. La règle vaut aussi pour le nom d'un groupement de collectivités territoriales. Le texte réserve un cas : « sauf si le demandeur justifie d'un intérêt légitime et agit de bonne foi ».

Les deux échelons vous concernent. La commune est une collectivité territoriale, d'après l'article 72 de la Constitution. La communauté de communes est un établissement public de coopération intercommunale, selon l'article L. 5214-1 du Code général des collectivités territoriales. L'article L. 5111-1 du même code range ces établissements parmi les groupements de collectivités territoriales.

Avant un refus ou une suppression pour ce motif, l'office doit laisser le demandeur présenter ses observations. Il doit aussi lui permettre, le cas échéant, de régulariser sa situation.

Que vérifie l'Afnic avant d'enregistrer le nom d'une commune ?

L'Afnic tient une liste des termes soumis à examen préalable. Selon ce document, la liste est figée, à l'exception de celle des communes françaises, que l'Insee met à jour chaque année. « La liste des noms de communes constituant le référentiel des noms de domaine réservés est consultable sur le site de l'INSEE », précise l'Afnic.

Pour ces noms, la charte prévoit que votre bureau d'enregistrement, le prestataire chez qui vous réservez l'adresse, envoie d'abord vos justificatifs à l'Afnic. L'Afnic peut réclamer tout document qu'elle estime nécessaire. Si l'examen est favorable, elle remet au bureau un code d'autorisation qui permet l'enregistrement. Pour céder ce nom plus tard, le nouveau titulaire devra obtenir à son tour l'autorisation de l'Afnic.

La charte soumet aussi à cet examen les adresses qui commencent par « mairie- » ou « ville- », suivies du nom officiel d'une commune. Même chose pour « cc- » suivi du nom officiel d'une communauté de communes. Elle en recommande l'usage à ces collectivités, sur justificatif de leur identifiant au répertoire Sirene.

Une adresse qui accole votre métier au nom de la commune ne figure pas, en principe, sur cette liste. Elle suit donc la règle du premier arrivé. Elle reste pourtant exposée à l'article L. 45-2 si elle est jugée apparentée au nom de la commune.

Que veulent dire intérêt légitime et bonne foi ?

L'article R. 20-44-46 du Code des postes et des communications électroniques, en vigueur depuis le 23/10/2015, précise ces notions par des exemples. Le mot « notamment » laisse la liste ouverte. Trois situations peuvent caractériser un intérêt légitime.

  • Vous utilisez ce nom, ou un nom identique ou apparenté, dans une offre de biens ou de services. Ou vous pouvez démontrer que vous vous y êtes préparé.
  • Vous êtes connu sous un nom identique ou apparenté, même sans droit reconnu sur ce nom.
  • Vous en faites un usage non commercial, sans intention de tromper le consommateur ni de nuire à la réputation d'un nom sur lequel un droit est reconnu.

Exemple

Prenons un menuisier installé dans un village, qui travaille depuis des années sous le nom de ce village. Ses devis, ses factures et son enseigne le portent. Sa situation ressemble au premier exemple du texte. Ce n'est qu'une illustration : l'Afnic, un expert ou un juge apprécie chaque dossier au vu des pièces.

Le même article cite aussi des signes de mauvaise foi. Il vise le nom obtenu principalement pour être vendu, loué ou transféré à une collectivité locale, et non pour être exploité. Il vise aussi le nom pris pour nuire à la réputation du titulaire d'un droit sur ce nom, ou pour profiter de sa renommée en créant une confusion dans l'esprit du consommateur. Un site qui se fait passer pour celui de la mairie crée précisément ce genre de confusion.

Reste le mot « apparenté ». Ni l'article L. 45-2 ni l'article R. 20-44-46 n'en donnent de définition. La question se tranche donc au cas par cas, dossier en main.

Quels noms sont concernés dans la Pévèle ?

Le service officiel du découpage administratif enregistre l'intercommunalité sous le nom « CC Pévèle-Carembault ». Il lui rattache 38 communes. Chacune est une collectivité territoriale, et son nom exact fait partie de ceux que l'Afnic soumet à examen préalable en .fr. Le nom de l'intercommunalité est, lui, celui d'un groupement de collectivités.

Cinq communes ont un nom qui se termine par « -en-Pévèle » : Templeuve, Mons, Camphin, Cappelle et Aix. Pour elles, le nom officiel est le nom complet. L'intercommunalité compte d'ailleurs deux Camphin, l'autre étant Camphin-en-Carembault. Raccourcir le nom n'évite pas toujours l'examen : d'après le même service, « Mons » tout court est le nom officiel de sept communes, ailleurs en France.

« Pévèle » seul, en revanche, n'est ni le nom d'une commune, d'après une recherche dans le même service, ni celui de l'intercommunalité. Ce mot ne fait donc pas partie des noms de communes soumis à l'examen préalable.

Comment se règle un litige sur un nom de domaine en .fr ?

L'article L. 45-6, en vigueur depuis le 15/03/2014, organise la contestation. Toute personne qui démontre un intérêt à agir peut demander à l'office la suppression du nom, ou son transfert à son profit, dans les cas prévus par l'article L. 45-2. L'office statue dans les deux mois qui suivent la réception de la demande. « Les décisions prises par l'office sont susceptibles de recours devant le juge judiciaire », ajoute le texte.

Une commune qui démontre un intérêt à agir peut donc demander le transfert de votre adresse. En prenant un nom en .fr, vous acceptez d'avance les deux procédures de l'Afnic, Syreli et PARL Expert : la charte y soumet chaque titulaire. Elle ne s'applique pas, en revanche, aux extensions génériques.

Sources : Afnic, page des procédures alternatives de résolution des litiges et règlement en vigueur depuis le 22/03/2016 ; page Tarifs de Syreli, consultée le 26/09/2026.
Voie Qui intervient Délai prévu Coût pour le demandeur Issue possible
Médiation de l'Afnic. Un médiateur de l'Afnic, qui cherche une solution amiable. Non précisé. Gratuite. Un accord entre les parties.
Syreli. Le Collège, composé de salariés de l'Afnic. Deux mois calendaires après l'ouverture du dossier. 250 € HT. Transmission ou suppression du nom, ou rejet de la demande.
PARL Expert. Un expert unique, pris sur une liste établie par l'Afnic et l'OMPI. Deux mois calendaires après l'ouverture du dossier. Selon le barème de l'OMPI. Transmission ou suppression du nom, ou rejet de la demande.

Le règlement de ces procédures fixe le calendrier. Dès l'ouverture, les opérations sur le nom sont gelées. La décision n'est exécutée qu'après un délai de 15 jours calendaires. L'exécution est suspendue si l'une des parties saisit le juge dans ce délai. Aucune de ces procédures n'accorde de dommages et intérêts. Les décisions motivées sont publiées sur le site de l'Afnic.

Que vérifier avant de réserver une adresse avec le nom de votre commune ?

À vérifier

  1. Comparez l'adresse visée avec les noms officiels des communes. Le fichier annuel se télécharge sur la page du Code officiel géographique de l'Insee. Pensez aux homonymes, comme les sept Mons.
  2. Si l'adresse reprend exactement un nom de commune, prévoyez l'examen préalable. Demandez à votre bureau d'enregistrement comment il transmet les justificatifs à l'Afnic.
  3. Rassemblez les pièces qui montrent votre activité sous ce nom : extrait d'immatriculation, devis, factures, photo de l'enseigne. Gardez aussi la trace de vos préparatifs, puisque le texte retient le fait de s'être préparé à une offre.
  4. Faites enregistrer l'adresse au nom de votre entreprise. C'est le demandeur, puis le titulaire, qui justifie son intérêt légitime. Sur les sites que je livre, le nom de domaine est à votre nom dès le départ, comme l'expliquent ma page Comment je travaille et mes Questions fréquentes.
  5. Relisez votre site avec un œil extérieur : rien ne doit laisser croire qu'il est celui de la mairie.
  6. Si une commune vous écrit, pensez à la médiation gratuite de l'Afnic avant toute procédure. Si une procédure Syreli ou PARL Expert vous est notifiée, vous avez 21 jours calendaires pour répondre.
  7. Avant de choisir, je conseille de lire quelques décisions publiées : on y voit sur quelles pièces elles reposent.

Ces règles sont une information générale, vérifiée sur les textes en vigueur au 26/09/2026. Pour un cas précis, vérifiez votre situation auprès de l'Afnic ou de votre bureau d'enregistrement.