Un médecin a-t-il le droit d'avoir une fiche Google ?

Oui. Depuis le décret du 22 décembre 2020, l'article R. 4127-19-1 du Code de la santé publique laisse le médecin libre de communiquer au public, « par tout moyen, y compris sur un site internet ». Il vise les informations utiles au libre choix du praticien : compétences, parcours, conditions d'exercice. Cette communication, loyale et honnête, « ne fait pas appel à des témoignages de tiers, ne repose pas sur des comparaisons avec d'autres médecins ou établissements ».

Côté Google, les consignes de représentation rangent les médecins parmi les professionnels indépendants. Leur fiche peut inclure un titre, comme Docteur. Le praticien crée sa propre fiche s'il reçoit lui-même ses patients et reste joignable à l'adresse validée, aux horaires affichés. Une seule fiche par praticien, pas une par spécialité. Dans un cabinet où plusieurs praticiens reçoivent, chacun a la sienne et le cabinet aussi. La fiche du praticien porte alors son seul nom, sans celui du cabinet.

Pour le contenu, l'article R. 4127-80 liste ce qu'un médecin peut faire figurer dans les annuaires, « quel qu'en soit le support ». On y trouve ses nom et adresse professionnelle, les moyens de le joindre, ses jours et heures de consultation. S'y ajoutent sa situation vis-à-vis de l'assurance maladie, sa spécialité et ses titres reconnus par l'Ordre. La fiche Google n'y est pas nommée. Ces mentions forment pourtant une base prudente pour la remplir.

Un médecin peut-il demander des avis à ses patients ?

Chez Google, la page Gérer les avis client propose un lien ou un QR code pour demander des avis. Elle ajoute : « Les avis positifs sont de précieux témoignages pour votre établissement ». Les règles de Google sur les contenus autorisent ces demandes, tant qu'aucun avantage n'est offert et que la note n'est pas orientée.

Pour un médecin, ce mot de témoignage change tout. Les recommandations du Conseil national de l'Ordre des médecins précisent que le médecin ne fait pas état de « notations, évaluations, commentaires, remerciements ou témoignages de patients ou de tiers ». Le bulletin de l'Ordre des médecins du Nord de janvier 2025 range ces éléments parmi ceux « à proscrire ». Pour les infirmiers, les recommandations de leur Ordre, publiées en janvier 2022, écartent aussi le recours à des avis numériques difficilement vérifiables.

J'en tire trois conséquences pratiques.

  • Aucun avis ni note repris sur le site du cabinet ou partagé sur un réseau social.
  • Aucun QR code d'avis à l'accueil, aucun lien d'avis dans les messages envoyés aux patients.
  • Aucune demande d'avis, même de vive voix.

Sur ce dernier point, aucun des textes de déontologie cités ne vise en toutes lettres la simple demande d'avis. Mais un avis sollicité reste un témoignage que l'on va chercher. Par prudence, je déconseille toute demande. En cas de doute, le conseil départemental de l'Ordre peut répondre pour votre situation.

Comment répondre à un avis sans rompre le secret médical ?

Selon l'article R. 4127-4, le secret porte sur tout ce que le médecin apprend dans son exercice, « non seulement ce qui lui a été confié, mais aussi ce qu'il a vu, entendu ou compris ». L'article L. 1110-4 vaut pour tous les soignants : « Il s'impose à tous les professionnels intervenant dans le système de santé ».

Une réponse publique peut donc suffire à le rompre. La cour d'appel de Chambéry l'a relevé dans un arrêt du 22 mai 2025. Un praticien tenu au secret pourrait se voir interdire de « désigner l'auteur d'un avis comme étant son patient ». Une formule comme merci de votre venue au cabinet confirme déjà une consultation.

Vous pouvez aussi ne pas répondre. Si vous répondez, l'aide de Google précise que la réponse paraît sous l'avis, au nom de l'établissement, et que son auteur en est prévenu. Dans ce cas, la réponse ne dit rien de la personne, de sa venue ni de sa santé. Elle peut indiquer que le cabinet ne commente aucune situation individuelle.

Un avis qui expose des données de santé peut être signalé. Les règles de Google excluent les informations personnelles publiées sans accord, « y compris des informations financières, médicales ou d'identification personnelle ». D'après la page Signaler des avis inappropriés, tout avis peut être signalé, mais seuls ceux qui enfreignent ces règles sont supprimés. Un appel reste possible.

Que faire d'une fiche créée sans votre accord ?

La CNIL a publié le 29/12/2025 une page sur les avis et notations en ligne. Elle vise les annuaires qui publient notes et commentaires sur des professionnels. Selon elle, un annuaire n'a pas toujours besoin de votre accord pour publier vos informations, si des garanties protègent vos droits. Il doit alors vous permettre de refuser ou de quitter le service, en particulier si vous ne pouvez pas répondre librement. Au médecin que le secret empêche de répondre à des commentaires négatifs, elle écrit : « vous devez pouvoir obtenir la suppression de votre fiche ».

La CNIL estime que l'éditeur devrait, en général, accepter cette demande de retrait global : la suppression de la fiche ou de tous les contenus qui vous concernent. Vous pouvez aussi faire effacer des commentaires injurieux ou excessifs, et faire corriger des données inexactes. Si l'éditeur ne répond pas sous un mois, ou si sa réponse ne convient pas, une plainte peut être adressée à la CNIL.

La justice est allée dans le même sens. Dans l'arrêt de Chambéry, la cour a jugé illicite la création, sans son consentement, de la fiche d'une chirurgienne-dentiste, et en a ordonné la suppression. La praticienne voulait rester visible dans les résultats de recherche. C'est la publication d'avis sur sa fiche qui posait problème. Cet arrêt tranche un litige précis et ne vaut pas règle générale.

Dentistes, kinés, infirmiers de la Pévèle : les mêmes règles ?

Le dossier complet de l'Insee, paru le 27/08/2026, recense ces soignants en Pévèle Carembault : ses chiffres de 2025 figurent dans le tableau. Chaque profession a son code. Les deux mêmes règles y figurent, dans la rédaction issue de décrets du 22 décembre 2020.

Professionnels recensés en Pévèle Carembault en 2025 et articles du Code de la santé publique qui encadrent leur communication. Sources : Insee, dossier complet, tableau EQUIP T2 ; Légifrance, versions en vigueur depuis le 25/12/2020.
Profession Nombre en 2025 Communication sans témoignages ni comparaisons Annuaires et référencement prioritaire
Médecin généraliste 114 R. 4127-19-1 R. 4127-80
Chirurgien-dentiste 64 R. 4127-215-1 R. 4127-217
Masseur-kinésithérapeute 229 R. 4321-67-1 R. 4321-123
Infirmier 166 R. 4312-68-1 R. 4312-69

Les quatre articles sur les annuaires interdisent d'« obtenir contre paiement ou par tout autre moyen un référencement numérique faisant apparaître de manière prioritaire » l'information du praticien dans les résultats de recherche. Pour les médecins, le Conseil national étend cette interdiction à tout l'usage d'internet, hashtags compris. Le bulletin du Nord le résume : « De même, le référencement payant et les liens vers des sites à caractère commercial ou publicitaire sont interdits ».

Les recommandations de l'Ordre des infirmiers vont plus loin : « Tout recours à des méthodes de référencement numérique, directe ou indirecte, payante ou gratuite, est interdite ». Pour un soignant, la fiche sert donc à informer, pas à gagner des places. Je ne promets de classement à personne, comme l'indique ma page de questions fréquentes.

Quelles vérifications faire sur la fiche d'un cabinet ?

À vérifier

  1. Une fiche par praticien, à son nom, avec son titre s'il le souhaite. Le cabinet peut avoir la sienne. Aucun service ni lieu ajouté au nom : les consignes de Google les refusent.
  2. Les mentions de l'article R. 4127-80 ou de son équivalent : adresse, moyens de vous joindre, jours et heures de consultation, situation vis-à-vis de l'assurance maladie. Si vous ne recevez que sur rendez-vous, les consignes admettent de ne pas afficher d'horaires d'ouverture.
  3. Des photos du cabinet où aucun patient n'est identifiable, comme le demande le Conseil national de l'Ordre des médecins.
  4. Aucun QR code ni lien d'avis, aucun avis repris sur le site ou les réseaux sociaux.
  5. Des réponses sans rien sur la personne ni ses soins, ou aucune réponse.
  6. Le signalement de tout avis qui expose des informations médicales.
  7. Aucune annonce payante ni aucun procédé pour passer devant les confrères.
  8. Une fiche tenue à jour, comme le recommande le Conseil national : congés, horaires, déménagement.
  9. Un compte propriétaire à votre nom. C'est ma règle, écrite dans ma page Comment je travaille : le nom de domaine, l'hébergement, les comptes et le code sont au nom du client dès le départ.

Pour une question de déontologie, l'interlocuteur est le conseil départemental de votre Ordre ; pour les médecins de la Pévèle, celui du Nord. Pour une fiche créée sans votre accord, la CNIL reçoit les plaintes. Ces règles sont une information générale, vérifiée le 26/09/2026 sur les textes en vigueur.