Que change la fin de support d'un système d'exploitation ?
Le support de Windows 10 a pris fin le 14 octobre 2025. Le bulletin du CERT-FR du 23 avril 2025 en décrivait les effets. Passée cette date, le système ne reçoit plus de mise à jour de sécurité. Son éditeur ne communique plus sur les nouvelles failles qui le touchent. Celles qu'on découvre ensuite ne sont pas corrigées, et le risque peut s'aggraver quand le poste est relié à Internet. Le bulletin met à part les éditions LTSC, au cycle de vie fixe, et les versions couvertes par des mises à jour de sécurité étendues.
L'ordinateur, lui, continue de démarrer. La documentation de l'éditeur précise que les postes continuent de fonctionner. Au quotidien, rien ne semble changer, et c'est ce qui trompe. Le CERT-FR le rappelle : « Le support et la mise à disposition de mises à jour de sécurité par l’éditeur sont l’un des fondamentaux de la sécurisation d’un système ».
Le constat vaut pour chaque logiciel, pas seulement pour le système. Le guide d'hygiène informatique de l'ANSSI le dit ainsi : « L’utilisation d’un système ou d’un logiciel obsolète augmente significativement les possibilités d’attaque informatique ». Des outils malveillants qui exploitent ces failles peuvent circuler vite sur Internet, alors qu'aucun correctif n'est proposé. Selon cybermalveillance.gouv.fr, un seul appareil ou logiciel pas à jour, exposé à une faille, suffit à ouvrir une brèche. Le même site précise que les mises à jour de version, elles, peuvent être payantes.
Comment faire l'inventaire des postes et des logiciels ?
Le guide de l'ANSSI pour les TPE et PME commence par là. Toute entreprise, même unipersonnelle, doit inventorier ses matériels et ses logiciels, ainsi que ses données et ses traitements. Pour chaque logiciel, il faut connaître sa nature, ses fonctions principales et sa version. Le guide demande aussi des licences valides, nécessaires pour les obligations légales comme pour la maintenance.
Le guide d'hygiène de l'ANSSI complète la méthode. Il demande de tenir à jour l'inventaire des systèmes et des applications, de suivre leurs fins de support et de garder un parc homogène. Plusieurs versions d'un même produit multiplient en effet les risques et compliquent le suivi. Il conseille aussi de limiter les « adhérences logicielles », ces dépendances d'un logiciel envers un autre, à surveiller surtout quand l'autre arrive en fin de support. Il invite enfin à identifier, pour chaque logiciel en fin de vie, les délais et les moyens de sa migration : tests, sauvegarde, reprise des données.
Exemple
Prenons un cabinet de trois postes, dont l'un pilote un appareil de mesure avec un logiciel ancien. Ce poste ne se traite pas comme les deux autres : son logiciel décide pour lui. Pour repérer ce qui est branché au réseau, certains fournisseurs d'accès à Internet proposent une application d'inventaire, signale cybermalveillance.gouv.fr.
Avant tout nouvel achat, le même site conseille de vérifier que l'éditeur ou le fabricant publie des mises à jour régulières, et jusqu'à quelle date.
Mettre à jour, changer de système ou remplacer : que choisir ?
Pour le CERT-FR, il faut anticiper l'arrêt du support et migrer vers une version maintenue, « si possible la plus récente ». Encore faut-il que le matériel suive. Pour Windows 11, la configuration minimale publiée par l'éditeur comprend un processeur 64 bits compatible, 4 Go de mémoire et 64 Go de stockage. Elle exige aussi le démarrage sécurisé UEFI et un module de plateforme sécurisée (TPM) en version 2.0.
Pour les postes restés sous Windows 10, l'éditeur vend des mises à jour de sécurité étendues. Une organisation les achète année par année, pour trois ans au plus après la fin du support. Qui entre la deuxième année paie aussi la première. Le poste doit tourner sous la version 22H2. Le programme ne livre que les correctifs de sécurité critiques et importants, sans nouvelle fonction ni assistance technique. C'est un délai limité, qui laisse le temps d'organiser la suite.
| Voie | Ce qu'en disent les sources | À vérifier avant |
|---|---|---|
| Passer à une version maintenue | Recommandé par le CERT-FR, si possible vers la version la plus récente. | La configuration minimale publiée par l'éditeur. |
| Souscrire les mises à jour étendues | Programme payant, trois ans au plus pour une organisation, sécurité seulement. | La version 22H2 sur chaque poste concerné. |
| Installer un autre système maintenu | Pour les postes donnés, la foire aux questions de la mission interministérielle numérique responsable conseille un système d'exploitation libre. | Les logiciels métier liés à l'ancien système, ces adhérences que l'ANSSI demande de limiter. |
| Remplacer le poste | Pour l'ANSSI, un matériel ou un logiciel qui ne peut plus être mis à jour se désinstalle et se remplace. | L'effacement des données avant de céder, vendre ou jeter le poste, recommandé par la CNIL. |
| Isoler le poste | Mesure compensatoire du CERT-FR quand la migration est impossible, à prendre dans les plus brefs délais. | Pas d'Internet, un réseau séparé et des services vulnérables coupés, selon cybermalveillance.gouv.fr. Des mots de passe dédiés, selon l'ANSSI. |
Les textes officiels ne placent pas le curseur au même endroit. Le guide de l'ANSSI pour les TPE et PME tranche : « Tout matériel ou logiciel qui ne peut plus être mis à jour doit être désinstallé et remplacé ». Le bulletin du CERT-FR, le guide d'hygiène de l'ANSSI et cybermalveillance.gouv.fr admettent l'isolement quand la migration est impossible. Un appareil peut rester bloqué par son ancienneté, ou par la perte d'une garantie ou d'un agrément, note cybermalveillance.gouv.fr.
Pourquoi la sobriété numérique pèse-t-elle dans ce choix ?
Le sujet a déjà été traité en Pévèle Carembault. La communauté de communes et ses partenaires lui ont consacré une conférence le 25 novembre 2025, à Terrabùndo, à Ennevelin, pendant leur semaine du numérique. Son intitulé associait la fin du support de Windows 10 aux « solutions alternatives en faveur de la sobriété numérique ».
Les chiffres de l'ADEME montrent pourquoi. En 2022, le numérique représentait 4,4 % de l'empreinte carbone de la France, et les terminaux la moitié de cette part. La fabrication, la distribution et la fin de vie des équipements et des infrastructures comptent pour 60 % de ses émissions de carbone, l'utilisation pour 40 %. L'étude en conclut qu'il faut continuer à allonger la durée de vie des équipements, et à en réduire le nombre.
Un ordinateur trop ancien pour la nouvelle version n'est donc pas forcément bon pour la benne : un autre système maintenu peut le prolonger, si vos logiciels métier suivent. Quand un poste quitte l'entreprise, la mission interministérielle numérique responsable place le réemploi avant le recyclage : usage interne, don ou vente d'abord.
La même mission note que des logiciels toujours plus gourmands accélèrent l'obsolescence des équipements. À l'achat d'un logiciel, elle invite à demander quels systèmes il supporte, et jusqu'à quand. Elle recommande aussi les technologies web ou standard plutôt que celles propres à un système d'exploitation.
Quand je livre une application, web ou installée sur vos postes, le code, les comptes et l'hébergement sont à votre nom dès le départ. Les défauts du périmètre sont corrigés sans frais pendant trois mois après la mise en ligne. Ensuite, la maintenance se convient au devis, comme le décrit ma méthode. Un autre prestataire peut reprendre après moi, précisent les questions fréquentes.
Quelles vérifications faire, poste par poste ?
Voici l'ordre que je suivrais :
À vérifier
- Relevez, pour chaque poste, le système, son édition, sa version et sa date de fin de support.
- Comparez le matériel à la configuration minimale de la version suivante.
- Listez les logiciels métier, et demandez à leur éditeur jusqu'à quand il les maintient.
- Si un prestataire gère vos postes, vérifiez qu'il applique les mises à jour. L'ANSSI conseille d'inscrire au contrat le suivi des correctifs de sécurité et la gestion des obsolescences.
- Sauvegardez données et logiciels avant une mise à jour, et testez-la quand c'est possible, comme le conseille cybermalveillance.gouv.fr.
- Décidez poste par poste : version maintenue, sursis payant, autre système, remplacement ou isolement.
- Pour un poste isolé, coupez Internet, séparez-le du réseau et réservez-lui ses propres mots de passe.
- Avant de céder un poste, effacez ses données : la CNIL rappelle qu'il est difficile de supprimer complètement celles d'un disque dur.
Cybermalveillance.gouv.fr publie ses fiches de bonnes pratiques et propose une assistance aux victimes. Sur MesServicesCyber, l'ANSSI propose un diagnostic cyber gratuit, mené par un Aidant cyber dans vos locaux ou en visio. Il se conclut par six recommandations, et n'est pas adapté aux particuliers ni aux entreprises mono-salariées. Ces informations générales datent de septembre 2026 : vérifiez votre situation auprès de l'organisme compétent.